19
avr

Ma main me dit…

J'ai donc testé, durant mon atelier d'écriture du jour, l'écriture automatique.

Kekseksa ?  Noircir, dans l'exercice qui m'occupait, une page entière de mon écriture, sans jamais m'arrêter, sous aucun prétexte, quitte à dire n'importe quoi par moment, mais noircir noircir noircir, afin que l'écriture devienne presque automatique.

Le thème : l'estime de soi

Le début du texte : ma main me dit

A insérer : mains baladeuses, la main au panier

J'étais dubitative, même si, quand j'écris pour ce blog, je le fais très vite, tapant à dix doigts aussi vite que j'écris, voire plus vite, mais tout de même, écrire sans m'arrêter, toute une page, sans ponctuation, sans majuscule, en suivant un thème, en insérant des mots, euh, moi y'en a être cap ?

Et bien j'ai adoré cet exercice.  Ma main l'a moins aimé, endolorie qu'elle était, vu que plus j'avançais, plus les idées se bousculaient dans ma tête, plus je devais écrire écrire écrire, en mode quasi automatique, tout bien réfléchi, sans réfléchir, plus spontanément.

Captivante expérience, dont voici le résultat (j'ai ajouté un peu de ponctuation, histoire que vous puissiez respirer) :

Ma main me dit que je n'aurais jamais dû tolérer cela de lui, jamais boire ces deux non ces trois ou alors ces quatre verres de sangria, ne pas accepter ses mains baladeuses sur mon corps chaste, non je rigole, pas si chaste que cela, à mon âge, ma bonne dame, vous pensez bien, mais je n'aurais pas dû succomber à cette tentation, c'était si bon vous voyez.  Sa main dans la mienne, ça faisait si longtemps que je n'avais pas ressenti cela.  Aussi cette douceur, de ses mains fines et quasi imberbes, enchaînées aux miennes, ô my god rien que d'y penser j'en tremble encore, cette sensation lorsque du dos de la main il passait sur ma joue et repassait encore, c'était d'un érotisme fou, mais fou, je ne vous dis que ça, une folie extrême.  Heureusement, nous étions dans un lieu public sinon je ne répondais plus de mon corps et puis tout s'est enchaîné trop vite, si vite, beaucoup trop vite pour moi, hé faut pas pousser non, jamais le premier soir, jamais j'ai dit, six rendez-vous avant le sexe c'est mon amie qui me l'a dit et je n'y dérogerai pas, chuis pas un bout de bidoche moi non mais pour qui il me prend, un verre, une pitta, un peu de musique douce dans un bar à la mode et allez roulez jeunesse, un tendre baiser, deux trois caresses, la main au panier et pif paf pouf c'est réglé au plumard et vogue la galère non non et non deux verres de sangria ça ne suffit pas.  Moi j'ai un honneur à défendre, je veux plus que ça, je veux des rires, je veux des discussions à n'en plus finir, je veux des souvenirs, je veux tout ça et plus encore, je veux une course folle au bord de la mer, je veux des palourdes parce que le mot est joli même si je ne suis pas lourde, je veux une sole alors, avec du vin blanc, et je veux un moelleux au chocolat puis je veux un lit moelleux.  Je veux de la tendresse des caresses ma main dans la tienne ton corps sur le mien comme le chante Suarez.  Je veux tout ça tout ça tout ça et je veux voir, outre le désir dans ses yeux, l'admiration, l'amour, la tendresse, le rêve et l'avenir. Na.

16
fév

« Ecrire, créer, évoluer… »

Joli projet résumé en trois petits mots si importants.  Des mots qui ne sont pas de moi, mais de la créatrice de cet atelier auquel j’ai participé pour la première fois ce jour.  Que du bonheur !  Un atelier menée par Josette Carpentier, que j'ai découvert(e) - l'atelier, l'animatrice - via quelqu'un qui m'avait renseigné, y'a quelques mois, son site, son livre, mais j'ai oublié qui était cette personne, qu'elle en soit remerciée, le tam tam a fonctionné. Et vu que je me creuse la cervelle depuis hier à me dire "mais c'était qui", qu'elle se manifeste...

Ça faisait quelques mois déjà que j’avais envie de tester un atelier d’écriture, mais j’avais le trouillomètre à zéro.  Ecrire sur ce blog est une chose aisée, je le fais quand j’en ai envie, quand j’en ai le temps, je poste, et puis voilà.  Mais écrire à un moment donné de la journée, selon des contraintes horaires, d’après certaines directives, au milieu d’autres personnes, c’est tout autre chose.

Puis j’ai repéré cet atelier de journal créatif, qui allie l’écriture, le collage et le dessin, et ça m’a tentée.  Mais j’ai oublié et, en janvier, je me suis dit qu’il était trop tard… jusqu’à ce que le destin me fasse un petit signe, lundi, en m’envoyant un rappel : il me restait trois jours pour m’inscrire.  Et je n’ai plus hésité, mue par une pulsion soudaine (euh, une pulsion est sans doute toujours soudaine), je l’ai fait.

Et ce jour, après un chtit Quick et une virée à la recherche de ma nouvelle marotte, à savoir les bagues Pylones, que je veux dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (j’ai rien trouvé, dû tout commander, tchu, qué succès), j’ai rejoint le lieu de mon nouvel atelier.  J’ai failli rebrousser chemin une fois sur place, because je trouvais pas où il avait lieu, y’avait que des portes fermées devant moi… la bonne excuse pour filer à l’anglaise et échapper à mes angoisses de la nouveauté, des personnes inconnues, de ma non-créativité, de la page blanche… et j’en passe.

Mais non, Anaïs est courageuse (sic) et elle a demandé son chemin, pour se rendre à son atelier.

Je ne vais rien vous raconter, bien sûr, passque tout cela, c’est entre nous, les participants, c’est confidentiellement confidentiel, c’est notre tranche de vie, d’écriture, de collage, de dessin, de partage aussi, à nous, rien qu’à nous.

Je vais juste vous montrer le résultat d’un des exercices, celui qui m’a le plus touchée, pas durant l’écriture, mais durant la lecture.  Cinq ans et des poussières de mois de blog, les petits zamis, mais jamais je n’avais lu ce que j’écrivais, à haute voix, à d’autres.  Je vous poste mes blablas, vous les lisez (parfois), vous commentez (rarement) et puis voilà.  Mais là, j’ai lu, j’ai été écoutée, et j’ai eu les poils qui se sont dressés à la fin, d’émotion de tout ce que ce texte éveillait en moi, d’émotion de me sentir écoutée aussi, d’émotion d’entendre mes propres mots sortir de ma bouche, pour la première fois.  Sensation incroyable !  Et puis, grande première aussi : ne pas écrire sur mon pc, mais avec un bic, avec ma main, j’avais oublié la sensation que cela faisait…

L’exercice, donc, était de tirer au hasard quatre mots et quatre phrases, puis d’écrire un texte les contenant.  Bon, bien sûr, le terme « radiateurs » et celui « d’apparence innocente » ont évoqué en moi une histoire se terminant d’une façon bien gore, avec des enfants torturés et attachés à des radiateurs, par une gentille mamy, mais j’ai eu peur d’être éjectée illico par les autres, faut pas pousser, pour une première, je devais me tenir à carreau, alors j’ai laissé voguer mon imagination un peu plus, vers quelque chose de plus supportable, et finalement, mon passé a émergé, paf.  Mais je ne vous en dis pas plus, je vous laisse lire !

Les mots : maison, confitures, arbrisseaux, radiateurs

Les phrases : d’apparence innocente, les bruits du monde, ça nous touche, l’enfer c’est

(Si le cœur vous en dit, avant la lecture, faites l’exercice, vous aussi, histoire de comparer nos inspirations réciproques…)

Et mon texte, le voici.  Bien sûr, il est spontané, sans relecture aucune, donc plein de défauts que j’aurais corrigés, si j’avais écrit sur mon pc, comme d’habitude.  Ici, je n’ai pas pu, et finalement c’est peut-être mieux comme ça, comme disait l’autre… Il est très court, aussi, mon texte, une fois dactylographié, alors qu’il me semblait si long sur papier…

Allez, bonne lecture.

Dans sa maison d’apparence innocente, elle s’affairait à ses confitures.  A la fraise, à la rhubarbe, au coing aussi, même si la fraise était sa préférée.  Lorsqu’elle était face à sa casserole, les bruits du monde ne l’atteignaient plus guère, la concentration était sa meilleure amie.  Occasionnellement, elle se rendait au jardin pour y cueillir quelques fruits sur les arbrisseaux qui l’ornaient, lesquels allaient améliorer encore sa préparation.

Une fois celle-ci terminée, elle la mettait à refroidir sur l’appui de fenêtre près des radiateurs durant plusieurs heures, avant de se rendre à la boulangerie la plus proche pour y acheter du pain frais.

De retour à la maison, elle préparait deux tartines, qu’elle emballait soigneusement, les déposait dans son vieux cabas de paille et repartait à petits pas vers le cimetière.  Elle s’installait confortablement devant la tombe de celui avec qui elle ne fêterait jamais ses noces de diamant, dévorait son goûter et lui parlait : « tu vois mon cœur, dix ans déjà que tu es parti, et ça me touche toujours de manger cette confiture que tu chérissais tant.  L’enfer, c’est vraiment la vie sans toi.  Allez, à demain ».

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29
jan

Ce jour-là…

Voici ma deuxième participation au jeu d'écriture du Blog à mille mains, d'après une photo de GabrielleLa première était ici, si ça vous tente de la relire.  Ah ben tiens c'est ma troisième, la vraie première étant ici. (Désolée, les liens cliquables semblent en panne, je demande à Skynet de checker cela)

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Qu’est-ce qu’on a ri ce jour-là.

Qu’est-ce qu’on a déconné, aussi.

C’était la veille de l’ouverture du bar de Mathieu et Ludivine, le Lumat qu’il s’appelle, leur bar.  Ils en avaient tellement rêvé, de leur Lumat.  Lumat comme Ludivine et Mathieu, of course, mais aussi comme lumière du matin.  So poetic.

Avant l’inauguration, on a voulu le décorer à notre façon, leur bar.  

Les murs étaient trop nus, on n’aimait pas.  Et, comme on en entendait parler depuis des lustres, de ce fameux bar, on voulait en être, à fond.  Ils nous avaient bassinés avec ce projet depuis l’école, on avait le droit d’y avoir notre place.  Une place de choix.  Et de toute façon, ils n’avaient pas le choix.

Le jeu, c’était de se déshabiller pour les photos.  Pas trop.  Juste assez.

Au début, j’étais réticente.  On l’était tous.  Puis, l’ambiance aidant, le Champagne idem, les filles s’y sont collées en premier.

Moi, j’ai pas eu peur, j’ai montré mes nibards.  Sont beaux mes nibards.  Et au Lumat, ils sont immortalisés, avant que la gravitation fasse son sale boulot.  En plus j’ai changé la couleur de mes cheveux, ça m’évite de me taper la honte à chaque fois que je viens prendre un pot.

Marion aussi a exposé ses nibards, dans la foulée.  Dingue ce que six coupes de champagne peuvent faire faire à des filles survoltées.  Natou a été plus prude, quoique… sa moue boudeuse rime vachement avec allumeuse, vous ne trouvez pas ?  

Ludivine est la plus sublime, et en plus ça rime, j’aime ça.  Il le fallait, ce bar, c’est son endroit.  Alors on l’a pas forcée, et le résultat est parfait.

Quant à Mat et Ben, no comment.  Zont pas voulu montrer leurs torses velus, pourtant on les a suppliés, en leur tendant à boire.  En vain.  Timides, nos hommes.  Mais beaux, beaux, beaux.

Et puis les cadre sans photo, c’est Laura.

Laura, on savait qu’elle allait mal.  Même ce jour-là, elle allait mal.  On le savait.  Mais on riait tellement, on déconnait tant, qu’on l’avait presque oublié.  Presque.  Juste presque.  Le lendemain, quand sa mère nous a appris que, dans la nuit, elle s’était coupé les veines, la réalité nous a explosé en pleine face.  On a dessoulé net.  

Elle avait beau avoir passé une super soirée avec nous, avoir montré ses nibards, avoir bu du champ', avoir ri, avoir déconné, cela n’avait fondamentalement rien changé.  Je pense que nous n’aurions rien pu faire contre cela, c’était sa volonté, son choix.  On était là, pour elle, mais elle, elle voulait être ailleurs.

Alors on a enlevé les photos des cadres. Elles étaient drôles, ces photos de Laura.  Tellement drôles qu’il semblait impossible d’imaginer que quelques heures plus tard…  Tellement drôles que ça nous faisait trop mal de la revoir en train de rire aux éclats.

Alors on les a enlevées.  

On a juste laissé les cadres.  Comme une dernière trace de son départ vers le paradis blanc.

Qu’est-ce qu’on a ri ce jour-là.

Qu’est-ce qu’on a déconné, aussi.

Mais qu’est-ce qu’on a pleuré, depuis.

29
jan

Votre Souricette à vous, elle s’appelait comment ?

« Le dimanche, on écrit au lit ».

Pour une fois, ce dimanche, je n’ai pas lu au lit : j’ai écrit au lit.

Je ne vous l’ai pas encore dit, mais en ce moment j’ai envie d’écrire des histoires pour les petits.

J’en ai déjà écrit trois.  J’adore ça, écrire pour les bout’chou.

Je vous entends déjà rire « comment, Anaïs, qui n’a pas de marmots, écrit pour les nôtres, ben voyons, c’est fort de café décaféiné ça ».

Ben non c’est pas fort de café décaféiné.

J’ai écrit des guides où j’apprends aux célibataires à être ordonnées et à cuisiner, moi qui suis désordonnée et ne cuisine pas.

J’ai écrit des histoires de tueurs diaboliques, moi qui n’ai jamais tué personne.

J’ai écrit des histoires d’amour à la vie à la mort, moi qui ne suis pas aimée (c’est là que vous pouvez pleurer).

Donc pourquoi je pourrais pas écrire des histoires pour les petits ?

Ma dernière histoire parle de Souricette, je l’ai écrite ce matin.  Les deux premières, vous demandez-vous, petits curieux ?  Top secret, je vais pas tout vous dire non plus hein, faut préserver le mystère de la marketing Anaïs team (seuls les anciens lecteurs comprendront cette expression).

Souricette, elle a partagé mon enfance.  Elles ont partagé, devrais-je dire, car je me rappelle d’une Souricette au corps psychédélique et d’une autre en vichy rouge, ma mienne.

Je ne l’ai plus, malheureusement, ma Souricette.

Me reste juste cette photo.  Un bout de bonheur dans la maison du bonheur, celle de mon enfance.  A côté de Souricette, un lapin sans nom qui trône encore dans mon grenier, lui.  Et au milieu, c'est mouaaaaa.

Et vous, votre Souricette, elle s’appelait comment ?  On peut voir une photo, pliiiiz ?

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15
sep

L’ordure

Depuis deux heures déjà, Elise regarde cette lettre du coin de l’œil droit.  Elle la regarde sans oser l’ouvrir.  Elle ignore ce qu’elle contient.  Elle sait ce qu’elle contient.  Une lettre d’un notaire ne peut contenir que de mauvaises nouvelles.  Y’a que dans les films que les notaires vous annoncent que vous héritez d’un oncle inconnu, descendant d’une lignée de chercheurs d’or en Amérique, dont le bas de laine avoisine la cagnotte de l’Euromillions.  Et puis d’abord, en Belgique, hériter d’un oncle d’Amérique, ça fait plus la fortune de l’Etat que de l’héritier.  Et puis elle a pas d’oncle aux poches pleines de pépites d’or, elle le sait.

Alors elle n’ouvre pas la lettre.  Car elle sait qu’elle va y apprendre son décès.  Ce ne peut être que ça.  SON décès.  Vingt ans qu’elle n’a plus prononcé son nom.  Vingt ans qu’elle ignore comment l’appeler.  Son géniteur.  Son père.  L’ordure, comme l’a toujours appelé sa mère.  L’ordure.  C’est fort.  C’est dur.  Ça résume tout.  Elle, elle ne l’a plus appelé depuis vingt ans, dans les deux sens du mot « appeler ».  Elle a voulu oublier son numéro de téléphone.  Elle a décidé qu’il ne serait plus rien pour elle.  Certainement pas un papa.  Pas non plus un père. Pas même une ordure.  N’être rien, c’est pire qu’être une ordure, non ?

Elle ouvre la lettre.

« J’ai le triste devoir de vous annoncer le décès de votre père Monsieur Yves Xhoneut, survenu ce 11 septembre 2001.  Permettez-moi de vous adresser mes plus sincères condoléances.  Monsieur Xhoneut n’ayant rédigé aucun testament, vous êtes son unique héritière légale.  Afin de me permettre de constituer le dossier relatif à sa succession et de vous informer des actifs qui la composent, je vous prierais de bien vouloir vous trouver en mon étude ce… »

Elle abandonne la lecture.  Dépose la lettre sur le coin de la table, d’où elle glisse en virevoltant comme une plume.  Elle ignore ce qu’elle doit faire.  Que doit-on faire en de telles circonstances ?  Après vingt ans de silence ?  Que peut-on faire ?  Pleurer ?  Trembler ?  Rire ?  « Va danser sur sa tombe », aurait proposé sa mère.  Toujours le mot pour rire.  Elle y est déjà, dans la tombe, alors elle ne proposera rien.  Mais c’est ce qu’elle aurait proposé, pour sûr.

Après un long moment, Elise récupère la lettre sur le sol poussiéreux, la replie précautionneusement et la range dans son enveloppe. 

Trois jours plus tard, chez le notaire, elle n’apprend rien.  Durant ces vingt dernières années, il n’a pas déménagé.  Ne s’est pas remarié.  N’a pas eu d’autre enfant.  Elle est la seule.  Elle est seule.  Le notaire lui annonce qu’elle récupère le contenu du coffre, des comptes, du mobilier, bref de tout, et qu’il tient à sa disposition les clés de la maison.  Pour peu, il aurait l’air presque content de lui annoncer que, désormais, elle est à l’abri, financièrement parlant.

Alors, elle ignore pourquoi, mais d’un coup d’un seul, de façon totalement inattendue, devant ce notaire qu’elle ne connaît pas, les vannes lâchent.  Pas comme elle l’aurait imaginé.  Ce n’est pas un torrent de larmes qui déferle, mais plutôt un tsunami de colère.  Elle d’habitude si calme se met à vociférer contre ce pauvre homme de loi qui n’y comprend rien.  Elle lui explique que si elle l’a nié vingt ans durant, c’est qu’il n’était qu’une sale ordure, qui n’a jamais aimé personne à part lui-même, et même lui-même elle n’en est pas sûre, qui a abandonné sa mère alors qu’elle était encore enfant, qui n’a jamais voulu de ce bébé qui n’avait rien demandé à personne, - ce bébé c’était elle, vous me suivez, maître ? – qui n’a même pas daigné payer une pension alimentaire, d’accord il ne l’aimait pas, il se fichait d’elle, mais il aurait pu songer à ses études, à son avenir, je sais pas moi, mais non, qui n’a jamais écrit pour son anniversaire, ni pour la Noël, ni pour la Saint-Nicolas, jamais jamais, vous savez ce que c’est qu’une gamine qui, chaque année, espère une carte pour son anniversaire, chaque année, chaque année, vous comprenez, chaque année, sans exception, que non seulement il a abandonné sa mère pour aller courir les femmes mais qu’il l’a abandonnée, elle, sa fille, qui ne demandait rien à personne sinon un peu d’amour, que sa mère a tout fait pour qu’il revienne, supplier, pleurer, menacer, écrire, encore et encore, envoyer des photos d’elle, au fur et à mesure qu’elle grandissait, envoyer copie de ses bulletins aussi, dans l’espoir qu’il s’intéresse à elle, une fois, rien qu’une fois, elle a tout tenté, sa mère, pour qu’il soit digne de son statut de père, en vain, cette sale ordure n’a jamais bronché, il a épousé sa mère, l’a sautée, excusez-moi du terme Maître, l’a trompée avec tout qui passait par là, l’a traitée comme une moins que rien, l’a engrossée, n’a jamais regardé sa gamine et puis basta, je me casse, adios, et l’enfant, pas mon problème hein, débrouille-toi, j’étais pas fait pour être père, tu t’en sortiras très bien sans moi, adios adios je ne me retournerai pas, désolée Maître, mais voilà, il fallait que ça sorte, car si elle l’a nié vingt ans durant, c’est parce qu’il l’a niée vingt ans durant, elle ne connaît même plus son visage, sa mère a effacé toute trace, tellement elle souffrait de cette situation, elle connaît juste son nom, puisque c’est la seule chose qu’il lui a offerte à sa naissance : ce nom qu’elle déteste mais qu’elle est contrainte de porter, le nom d’une ordure.

Elle a tout débité d’une voix emplie de rancœur trop longtemps contenue.  Il n’a sans doute rien compris, le pauvre notaire, de ce long monologue, de cette longue phrase qui n’en finissait pas.  Alors il pose sa main sur la sienne et répète quelques « je comprends, mon petit », regardant discrètement l’heure qu’il est, afin de ne pas faire attendre son prochain rendez-vous.  Ensuite, il lui remet la clé de sa maison et l’informe que sa secrétaire lui proposera bientôt un nouveau rendez-vous pour signer la paperasse de circonstance.

Elle se rend alors directement sur place.  Elle ne sait pas trop pourquoi, ni ce qu’elle va chercher, ni ce qu’elle espère, mais elle y va.  Un peu de curiosité, peut-être.  Beaucoup de rage, sans doute.  Enormément d’envie d’en savoir plus, certainement. 

Elle fait le tour de la maison sans vraiment découvrir grand-chose.  Elle observe la décoration, simple, propre, froide.  Elle traverse la cuisine, remarque la tasse de café sur la table, comme s’il allait rentrer d’un instant à l’autre et se réchauffer d’une grande gorgée, ouvre la porte-fenêtre vers le jardin, en fait le tour, frissonne un peu, puis rentre et grimpe la volée d’escaliers en bois vernis.  Elle franchit la porte de la chambre, s’assied un instant sur le lit refait, ouvre la garde-robe, palpe les costumes et les pulls.  Sensation étrange de violer l’univers de quelqu’un dont elle savait si peu et qui pourtant aurait dû lui être si proche.

Ensuite, elle va dans la chambre suivante.

Elle ne comprend pas immédiatement. 

La pièce est anormalement encombrée. 

Dans le coin, face à elle, sous la pente du toit, des tas de paquets.  Jamais déballés.  De toutes tailles.  De toutes couleurs.  Certains plus défraîchis que d’autres.  Elise s’approche et découvre que chaque paquet porte une inscription manuscrite « Elise, 5 ans », « Elise, 6 ans », « Elise, 7 ans », « Elise, 8 ans », et ainsi de suite jusqu’à « Elise, 25 ans »…  Un a un, les emballages sont déchirés par Elise qui découvre les cadeaux qui lui étaient destinés : là, une poupée, une dînette, une robe de princesse, ici un ensemble de romans, un walk-man, un stylo. 

Sur le secrétaire, elle découvre ensuite plusieurs liasses de lettres, consciencieusement triées et ficelées. 

La première liasse est composée de cartes d’anniversaire portant toutes la même adresse, la sienne.  Chacune est ornée de la mention manuscrite « refusé – retour à l’expéditeur ».  Elise reconnaît immédiatement la petite écriture serrée, toujours la même.  Lentement, elle ouvre chacune des enveloppes et découvre les souhaits lui adressés pour chacun de ses anniversaires.

La seconde liasse regroupe diverses lettres dont elle est également la destinataire.  Ici aussi, la même écriture a retourné rageusement les missives à son expéditeur.  Elise se plonge dans une lecture assidue de ces courriers qui demandent de ses nouvelles, quémandent une réponse de sa part, racontent des tranches de vie, envoient mille bisous et insistent pour une visite prochaine.

Enfin, la troisième liasse comporte des courriers rédigés par sa mère, cette fameuse écriture qu’elle reconnaîtrait entre mille.  Les mots sont durs, cassants, sans appel « laisse-nous tranquilles, arrête de me supplier de revenir, c’est inutile », « tu ne la reverras jamais, nous sommes bien mieux sans toi », « elle n’a pas besoin de toi et moi non plus », « cesse de téléphoner, cesse d’écrire, cesse de venir, je n’ouvrirai pas », « non, tu ne recevras pas de photo ni quoi que ce soit en rapport avec elle, fais une croix sur elle », « je ne veux pas de ton argent, tes chèques ont été déchirés, arrête d’en envoyer », « je ne t’ai jamais aimé, je n’ai jamais voulu de toi, fous-moi la paix, fous-nous la paix, arrête de venir pleurnicher à ma porte, arrête de m’appeler, sinon je porte plainte ». 

Abasourdie, Elise replie soigneusement chacun des courriers, chacune des cartes.  Elle reforme les liasses telles qu’elle les a trouvées, refait les nœuds et les repose à leur place.  Elle range ensuite les cadeaux dans leur emballage et les pose sur le sol, sous la pente du toit.

Puis, amorphe, elle se laisse glisser sur le sol, comme au ralenti.  Si elle était dans un film, l’atmosphère serait feutrée, comme dans un cocon, un peu floue aussi, sans doute.  Une musique à la fois douce et oppressante accompagnerait sa chute.  Mais elle n’est pas dans un film, alors sa chute fait un petit bruit mat.  Elle ne pleure pas. Elle ne rit pas.  Elle est comme vidée de toute émotion.  Elle sait.  Elle sait maintenant qui est l’ordure. Et son esprit incapable de réfléchir, en ce moment précis, ne retient plus qu’un seul mot, qui tourne en boucle comme un cheval sur un manège de fête foraine, ce mot qu’elle parvient enfin à prononcer.

Papa.

18
nov

L’éponyme

 

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Salut ma puce,

Comment va là-bas ?

Ça me fait tout bizarre de t’écrire après tant et tant d’années de silence.  Je t’imagine déjà en train de t’esclaffer en découvrant que j’ai eu cette idée totalement saugrenue.  Et alors, j’ai toujours été saugrenue, non ?  Puis peu importe, il le faut.  Il le faut je te dis.  C’est ainsi.  C’est écrit… ou ça va l’être.

Figure-toi que je viens de regarder un épisode de Medium, en anglais my dear, épisode inédit de par chez nous.  Un épisode dans lequel Alison Dubois évoque ces événements dits universels, qui marquent des millions de personnes en même temps, paf boum hue.  Genre un tsunami en Asie, genre un tremblement de terre en Haïti, genre un mec qui te largue, oups non, ça c’est pas vraiment universel… genre un attentat via Boeing aux states.  Ironie du sort non, que cet épisode tellement de circonstance…  Confirmation, en tout cas, que ce voyage est sans doute une juste chose.  La chose que je devais faire.

Je suis en pèlerinage depuis trois jours.  Ça va te faire rire, je le sais.

J’ai osé. 

Je t’avais toujours dit que je te rejoindrais, non ?  Ben si.  Je t’avais dit que j’aurais trop froid aux pieds, toute seule sur mon canapé en cuir pleine fleur.   Que je ne te laisserais pas toute seule là-bas… enfin ici.  Que j’aimais trop coller mes petons à tes mollets poilus.  Oui, poilus. Quand on ne se rase que toutes les quatre lunes, on les a poilus, ses mollets.  Ils m’ont toujours tenu chaud, tes mollets.  Alors je n’allais pas les abandonner, non mais. 

J’ai été sur place hein, ma puce, mais j’ai rien vu.  Je ne sais pas ce que j’espérais voir au juste.  Une plaque qui dise « ci-git Aurélie, morte pour la patrie ».  Nan, c’est pas vrai, c’était même pas ta patrie.  « Ci-git Aurélie, venue vivre son rêve dans la grosse pomme, qui lui promettait monts et merveilles et un long séjour et l’édition de son dernier roman en langue de Shakespeare et qui lui a offert un linceul et qu’a même pas édité son livre en langue de Shakespeare du coup et c’est vraiment nul ça ».  Nan, trop sinistre.  « Ci-git Aurélie, celle qui rigolait quand on la chatouillait ».  Nan, trop banal.  « Ci-git Aurélie, professionnelle du réchauffage de pieds glacés ».  Parfait.  Perfect.

Quand j’y pense, ça t’aurait fait un super bon sujet de roman, non, notre histoire ?  L’histoire d’une fille (alias moi), qui perd sa jumelle (alias toi) dans l’effondrement des tours du même nom.  Dans l’effondrement des tours éponymes.  Ça, tu aurais aimé, pouvoir placer « éponyme » dans notre histoire.  Tu l’aimais, ce mot.  Tu l’adorais.  Sans doute car il t’avait fallu du temps pour en comprendre le sens.  Sans doute car tu me disais toujours que j’étais ton éponyme.  Ta moitié.  Ton double.  Ta racine carrée.  Ton reflet.  J’étais tout ça, mais j’étais surtout ton éponyme.  Oui, ça aurait fait un bon sujet de roman.  Mais je n’ai vraiment pas ton talent, alors je me contenterai de cette chtite lettre de rien du tout, en guise de conclusion de mon séjour ici.   En conclusion de ton séjour ici. 

Je te dirais bien que les flocons de neige tombent du ciel en même temps que les larmes tombent de mes yeux, mais ça te ferait trop rire.  Tu as toujours détesté les mélodrames.  En particulier les miens.  Alors, on va dire que ce ne sont pas des larmes, que c’est la condensation de mes lunettes propulsée sur mes joues, because l’air co de ce grand hôtel avec vue sur rien.  Vue sur rien.  Mais pas n’importe quel rien.  Ton rien.  Alors, un peu le mien.  Ça y est, je retombe dans le mélodrame.  On va dire que ce ne sont pas des larmes alors.  On va dire ça.

Bon, ben c’est l’heure, je repars demain de l’autre côté de la grande flaque.  Je pensais faire un geste hypra romantique en jetant cette lettre par la fenêtre.  Le vent la transporterait jusque là où tu te trouves exactement, elle se déposerait à l’endroit précis où tu as poussé ton dernier soupir (oh, ça va, je sais, mélodrame, mélodrame, on ne se refait pas), et la boucle serait bouclée.  Mais ces enfoirés d’architectes d’hôtel, ben ils ont fait en sorte que les fenêtres ne s’ouvrent pas.  Sécurité oblige, sans doute.  Bon.  Tant pis.  Je la garde, cette lettre, du coup.  T’auras qu’à faire usage des pouvoirs surnaturels que tu as sans doute pour venir la lire un de ces jours.  Et si t’as pas de pouvoirs surnaturels, ben c’est con.  Passque la mort, sans méga pouvoirs surnaturels, it sucks.  Dying sucks.

Alors on fait comme ça.  On t’attend, ma lettre et moi.

A très bientôt ma puce. Mon éponyme.

PS : au fait, depuis ton départ, j’ai vraiment tout le temps froid aux pieds. 

 

(Ceci est ma participation au jeu d'écriture du blog à 1000 mains d'après un dessin de Marlène).

2
mai

Jeux d’écriture – blog à 1000 mains - Writecrossing

writecrossing
J'avais remarqué ce blog en cliquant sur un lien il y a quelques semaines.

Par le biais d'une photo, il propose un exercice d'écriture.  J'ai déjà tenté ça autrefois (cf rubrique Anaïs s'attèle à l'écriture, le site proposant les ateliers à l'époque ayant disparu).

Alors, je m'y remets, via cette photo qui m'a un peu inspirée...

Writecrossing

Le bookcrossing, ce phénomène nouveau qui consiste à abandonner volontairement un livre dans un lieu public, afin d'en permettre la lecture au plus grand nombre, moi, j'adore.  J'adore l'idée de ne pas abandonner un livre sous la poussière d'une bibliothèque mais de lui offrir une seconde vie.  L'idée de lui rendre sa liberté...

Mais je n'aime que l'idée.  Car en pratique, je ne parviens pas à m'y résoudre.  Mes livres sont mes amis.  Ils font partie de ma vie.  Partie de moi.  Quand j'ai aimé un livre, je le range pieusement (traduction : je l'entasse là où je trouve encore de la place, dans la masse informe que constitue ma bibliothèque, sans classement aucun, réduisant à néant toute chance de le retrouver facilement ultérieurement.)  Mes livres sont mes bébés.   L'idée même d'en abandonner ne serait-ce qu'un seul sur un banc, même en sachant qu'il sera peut-être adopté par quelqu'un de formidable, m'angoisse.  Et si ce quelqu'un le jetait dans la première poubelle, au milieu des pelures de bananes, des seringues et des préservatifs usagés (ben quoi, on est dans un parc hein).  Si ce quelqu'un n'en lisait que deux pages puis l'abandonnait dans une bibliothèque aussi mal rangée que la mienne (alors, tant qu'à faire, je le garde) ?  Si ce quelqu'un allumait un feu avec ?  Si ce quelqu'un s'asseyait dessus par distraction ?  Si ce quelqu'un était un chien errant ?

A la rigueur, je veux bien m'essayer au bookcrossing avec les livres que j'ai détestés, ceux que je n'ai pas pu finir, ceux qu'on m'a forcée à lire à l'école (et que j'ai encore, n'appelez pas un psy, je sais déjà que c'est grave), ceux que mes ex m'ont offerts et qui me font pleurer rien qu'à les regarder.  Mais je ne peux.  S'adonner au bookcrossing dans ces circonstances, c'est moche.  Rendre sa liberté à un livre qu'on juge indigne d'être lu, c'est super moche.

Donc, le bookcrossing et moi, on n'est pas potes.

Alors, pour adapter ce principe à ma névrose, j'ai inventé le writecrossing.

Devant la porte de ma maison bleue adossée à la colline on y vient à pied, j'ai installé une petite table et une chaise.  Quand le temps le permet, j'y ajoute un paquet de feuilles blanches et un stylo (je sais, un stylo, c'est personnel, mais c'est tellement mieux qu'un crayon ou qu'un bic).  Parfois, je fais du thé pour les writecrossers qui passeraient par là.  Bien sûr, il devient rapidement froid, mon thé, mais peu importe.  Le thé froid, c'est bon aussi.  Et c'est l'intention qui compte.

Je pars ensuite travailler, mais l'appel est lancé, et tout qui se sent pousser les ailes d'un écrivain, aguerri ou en herbe, peu importe, est le bienvenu.

Durant la journée, comme le Petit Prince, enfin comme son Renard, je me prépare le cœur.  Je le prépare aux découvertes à venir.  Aux lectures à venir.  Bien sûr, les premiers jours, les pages sont restées blanches.  Elles le sont restées longtemps, blanches.  Mais j'ai persévéré.  Jusqu'à ce que le premier pas soit franchi.  Le tout premier écrit.   Et puis, un jour, à la manière du bookcrossing, j'ignore encore comment, je rendrai leur liberté à tous ces écrits qui m'ont été confiés et qui sont désormais devenus quotidiens.

Car, maintenant, le soir, lorsque je rentre du travail, mon impatience grandit au fur et à mesure que j'approche.  A peine arrivée, je m'installe sur la chaise, avant même de rentrer nourrir mes poules.  Je soupèse la théière afin de savoir si mon thé a plu, et puis je me vautre dans la récolte du jour.

Ce soir, elle fut bonne, car le soleil était de la partie.

J'ai lu un poème maladroit, entre prose et poésie, tout bien réfléchi.  Il parlait de son amour pour elle, de l'espoir qu'il avait toujours de la voir revenir.  Il m'a même semblé qu'une larme avait gondolé le papier, mais j'ai sans doute l'imagination trop débordante.

J'ai lu un dessin d'enfant.   Un chat souriant, tout noir, se lovant sur l'herbe, caressé par le soleil.  J'ai tenté de deviner son âge.  L'âge de l'enfant, pas du chat.  L'âge du chat aussi, tant qu'à faire.  Son prénom était ajouté en grosses lettres maladroites : Gaston.  Prénom humain ou félin, je l'ignore.

J'ai lu une page blanche.  Entièrement blanche, mais palpée, humée, chiffonnée, froissée, usée du regard.  Demain, peut-être... 

J'ai lu une réflexion sur les prochaines élections dans mon chtit pays belge, révélatrices d'une crise récurrente.  Une réflexion lancée comme un ras le bol.  Un coup de gueule.  D'une écriture nerveuse.

J'ai lu qu'il avait entendu une de mes poules s'énerver, et qu'il s'était permis de faire le tour du propriétaire pour aller lui donner quelques miettes d'un biscuit qui traînait dans sa poche.  J'ai lu que la poule l'avait remerciée d'un sourire.  J'ai lu qu'il reviendrait la voir, promis juré.

J'ai lu qu'elle ne savait pas écrire, mais qu'elle savait chanter.  J'ai lu les cinq lignes parallèles et les quelques notes dessinées à la va-vite.  Je ne sais pas lire la musique.  Pas encore.

Et j'ai lu, sur la dernière page : « merci pour le thé ».

Alors, si vous passez par chez moi un de ces jours, ça vous dit de venir prendre un petit thé froid ?

 

11
fév

Discussion philosophiquement philosophique

Les discussions philosophiques ça me connaît : jupe ou jeans demain ?  Pourquoi ai-je toujours envie de chocolat après les lasagnes farniente ? Pourquoi ai-je choisi « le célibat ne passera pas par moi » comme titre du blog, alors que c'est faux ?  Slip ou caleçon pour homdemavie ?  Docteur Kovac ou Docteur House, à moins que Docteur Mamour ?

Lors d'une discussion sur le thème « et les amours, quoi de neuf », avec une lectrice du blog qui se reconnaîtra (oui, je parle de toi, qui a osé poser cette question qui tue, cette question à cinq balles qui déprime toute bloggueuse célibataire en période pré-ovulation), bref, suite à cette question, je réponds « un désert désertiquement désert ».

Je réalise alors l'intérêt de cette expression imagée, et je note que je la réutiliserai à l'occasion pour le blog, lors d'un billet sur le vide affectif de ma pauvre vie sordide (pleurons quelques secondes, 1, 2, 3, 4, 5 voilà, merci).

A quoi elle me réplique « dis plutôt un désert désertiquement désertique alors ».

Oh et puis à quoi bon... autant vous livrer toute la conversation philosophique sur le désert de nos vies, brut de décoffrage.

Moi : « le désert désertiquement désert ... tiens je pourrai la replacer » (joie de la créatrice qui a une idée géniale)

Elle : « mets désertiquement désertique alors... ça ajoute encore à l'image » (lueur d'intelligence de la blonde qui a trouvé une idée sidérante)

Moi : « Oui c'est vrai ... finalement, quelle est la différence entre désert et désertique ? » (réveil du neurone assoupi)  « enfin oui... y'en a une » (le neurone est totalement réveillé)

Elle : « sûrement » (son neurone émerge à l'instant)

Moi : « attends, je demande à Robert » (pour les novices sur le blog, Robert n'est pas mon compagnon de vie, soyez attentifs puisque j'ai parlé de désert affectif, mais mon compagnon de survie orthographique)

Longue recherche à la page 310 de Robert...

Moi : « Désert c'est 'sans personne', désertique c'est 'aride' » (le neurone a résumé les définitions, fatigue après longue journée de boulot dans des dossiers de m... avec des clients de m... et des collègues de m... - prière au lecteur de ne pas tenter de fignoler la définition par le biais de détails inutiles).

Elle : « ok ... alors désertique est le mot juste... » (nos deux neurones entament une danse de la joie, ils sont plus intelligents qu'il y a deux secondes)

Moi : « oui mais désertique sonnait plus désert que le désert... » (le neurone repart dormir, ça commence à bien faire)

Elle : « tu avais ENCORE raison... je m'incline... » (le neurone va bouder dans l'hémisphère gauche)

Moi : « oh non ne t'incline pas » (sous-entendu « ton neurone pourrait tomber et disparaître »)

Elle : « quant à dire que c'est aride... »

Moi : « oui, on peut le dire, ma vie sentimentale est aride, donc désertique peut le faire.  Bon, j'écrirai un désert désertiquement désert, voire désertique ».

Voilà comment une vie sentimentale en désert désertiquement désert ou désertique peut faire en sorte qu'un billet soit pondu, et que deux neurones soient un peu plus intelligents.  Qui dira après ça que les discussions sur MSN ramollissent les cerveaux des internautes ?  Pas moi.  Pas elle.  Pas le mien, de neurone.  Pas le sien non plus. 

photo issue de : http://pictures.traveladventures.org

desert

17
mar

Tremble, Anaïs…

J’ai peur.  Partout.  Tout le temps.  De plus en plus.  De tout.  De rien.  Peur.  De tant de choses.  Et j’ai toujours eu peur.  Ça doit être une tare génétique.  Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai vraiment toujours eu peur.

Mais ma plus grande peur, c’est la peur du noir.  Classique.  Banale.  Une angoisse qui m’obligeait, enfant, à me rouler en nem dans mes couvertures afin d’éviter que l’un de mes quatre membres ne soit arraché par un monstre nocturne.  Une terreur qui faisait que je laissais la lumière allumée afin d’exorciser tous ces démons prêts à m’attaquer.  Et surtout, chaque soir, il y avait cet escalier à monter.  Neuf marches.  Puis encore neuf autres.  Dans le noir le plus complet.  Cette crainte permanente que des bras sortent des murs pour m’y attirer, m’emmener dans leur monde invisible et inconnu.  Quelle idée aussi de tapisser ces murs d’un velours vert chite.  Typique pour traumatiser les mômes, le velours vert chite. J’aurais pu courir dans cet escalier, afin d’échapper au danger au plus vite, mais mon incompétence légendaire et génétique en EPS (Education Physique et Sportive que ça s’appelait, mais je l’avais rebaptisée Enfer Permanent et Sadique) m’en empêchait.  Courir moi ? Impossible.  Je montais donc les escaliers dans ce noir angoissant, pas à pas, lentement, telle une drosophile à l’attaque de son bout de bidoche, je regagnais mon lit et je me roulais en nem, enfin vous connaissez le topo.  Ensuite, tant bien que mal, je m’endormais. 

Et le matin, dès l’aube, à l’heure où blanchissait la campagne, lorsque j’entendais zinzinuler les merles et les rouge-gorge, je savais que j’étais encore en vie, alléluia, et qu’une journée pleine de lumière allait enfin s’offrir à moi.  J’étais sauvée… jusqu’au soir suivant.

Encore actuellement, je me roule en nem dans mon lit, sait-on jamais que les monstres existeraient bel et bien et tenteraient de m’arracher une jambe.

Encore actuellement, il n’est point question pour moi de quitter mon salon pour rejoindre ma chambre sans tout éclairer sur mon passage : le hall (non tapissé de velour vert chite), le hall de nuit et, enfin, la chambre.  Que la lumière soit.

Peur du noir.  A mon âge ?  Oui.  Et même pas honte.

J’ai peur.  Partout.  Tout le temps.  De plus en plus.  De tout.  De rien.  Peur.  De tant de choses.  Et j’ai toujours eu peur.  Ça doit être une tare génétique.  Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai vraiment toujours eu peur.

Billet en réponse au tag de Kryseys et qui est également ma participation au défi-mot. 

 

En partenariat avec Tann's

29
fév

Mon atelier d'écriture...

Vous savez comme j’ai eu du mal à me mettre à cet atelier d’écriture, éprise de liberté que je suis, en bonne sagittaire.  Puis je me suis prise au jeu… au point de tenter le tout pour le tout avec la dernière épreuve … : écrire un poème en acrostiche alphabétique, ou acrostiche simple...  Déjà, moi, et la poésie, ça fait trois, vous l’aurez constaté en découvrant les œuvres que j’avais écrites durant mon adolescence.
Alors, bon, ben je vous demande votre indulgence indulgemment indulgente, j’ai fait mon chtit possipppp’.  Allez voir les œuvres des autres scribouilleurs ici, elles valent le déplacement.  Actuellement, les sujets sont proposés par les membres… le prochain est le mien… à découvrir prochainement, pour ceux qui ne lisent pas mon blog depuis peu, les autres connaissant ce texte que j’avais rédigé, suite à un défi de Nuages…

J’aurais voulu trouver les mots adéquats
Et il semble que ce ne sera pas le cas
Tu es le seul qui a fait vibrer mon cœur
Alors même que tu as fait mon malheur
Ignore-moi, je t’en conjure
Même si pour moi c’est une déchirure
Eloigne-toi à tout jamais
Résigne-toi à m’oublier
Aimes-en une autre au plus vite
Isole-toi de mon aura maléfique
Tu trouveras ta satisfaction ailleurs
Où t’attend, j’en suis sûre, ton vrai bonheur
Un amour nouveau est l’ultime solution
Jette-toi corps et âme dans cette magique potion
Oublie tout ce que nous avons jusqu’ici vécu
Une page se tourne et tout a disparu
Referme la porte doucement derrière toi
Sors d’ici et surtout ne te retourne pas

1
fév

En direct de rrrrrrrrrrrrrrrrraaaaaaaat ville : un défi particulier relevé par l'Anaïs

(Texte pour mon atelier d'écriture

Ici le raaaaaaaaaaaaat, le mini furet, le hamster effilé, le lapin sans appendice auditif.

LAnaïs a décidé de relever un défi diiiiiiiiiiiiingue, et de le partager sur ce ch’tit site, faut que les lecteurs puissent en bénéficier ma belle Dame.  Zêtes zheureux ?

Evidemment, je subis, de par cette initiative ridicule, ses sautes dhumeur intempestives et répétitives, depuis plusieurs heures.  Et quelle râle, et quelle rumine, et quelle déambule des dizaines de minutes durant en braillant quelle ny arrivera jamais, jamais, jamais.  Affligeant !  Ereintant !  Epuisant !

Lecteur, tu te dis : mais il parle de quelle initiative, le raaaaaat des villes ?

Un arrachage entier du système pileux ?  Que nenni.

Un brushing réussi ?  Que nenni.

Des échasses aux pieds ?  Que nenni.

La bagatelle durant une nuit ?  Que nenni.

Un attachement qui dure la vie ?  Que nenni.

Un livre écrit sur deux heures ?  Que nenni.

Lachat de quatre écharpes Strelli à bas prix ?  Que nenni.

Le pullulement inattendu et inespéré de ses cellules du cerveau ?  Que nenni.

Plus jamais de petits biscuits de chez Ladurée ?  Que nenni (yen na pu, ça va sans dire).

Ranger, astiquer, faire briller, balayer le nid chéri ?  Que nenni.

Lécriture dun écrit très bien écrit ?  Gagné !  Enfin presque.

Car sur le terme « bien écrit », jémets des réserves, passque vu les directives, lAnaïs, elle rame, elle sue, elle émet des bruits pas sympas et cest limite si elle ne diffuse pas des effluves du bas des bras, dues au stress.  En dautres termes, elle est pas ravie, mais elle persévère.  Et je subis, tel un raaaaaaat persécuté que je suis.

Ainsi, je ne dirai pas que cest bien écrit, que nenni, mais quelle sest fait un sang dencre virtuelle afin dy parvenir.  Et quelle y est parviendue.

Ça mérite mes plus sincères félicitat  Enfin tas saisi le sens, hein ?

Quel était ce défi ?  Ecrire un texte sans une lettre en particulier.  Laquelle ?  Tas quà deviner, cest facile !

25
jan

Atelier d’écriture

J’ai finalement décidé de me concentrer du plus profond de ma cervelle afin de parvenir à pondre un texte pour l’atelier d’écriture dont je vous parlais récemment.   Rien à faire, les contraintes ça bloque mes deux neurones.  Puis j’ai réfléchi, réfléchi, réfléchi, et l’inspiration est venue.  La règle : un fait divers sur le style journalistique.  Voili voilà.  Découvrez les autres textes.

Encore une nouvelle victime de la blogguite aigue

Anaïs Valente, jeune bloggueuse belge a été retrouvée sans vie à son domicile sis à Namur, hier en fin de matinée.

Alertées par ses collègues, inquiets de ne plus la voir se présenter sur son lieu de travail depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre n’ont pu que constater le décès de Mademoiselle Valente.  Il semble que la malheureuse soit décédée depuis plus de 48 heures et que son corps ait été partiellement dévoré par son rat, étrangement laissé en liberté dans l’appartement.

Le parquet de Namur a été déféré sur place, et l’enquête est d’ores et déjà en cours afin de déterminer les raisons du décès, encore méconnues lors de notre mise sous presse.

Selon certains témoignages de son voisinage, la défunte ne sortait plus de chez elle, obsédée qu’elle était devenue par le blog qu’elle tenait depuis plusieurs mois.  Ses proches ont confirmé ce changement de comportement récent.  Elle avait remis sa démission afin de se consacrer totalement à sa passion dévorante, ne s’alimentait plus et ne dormait plus, préférant consacrer son temps et son énergie à l’écriture.

A son domicile devenu insalubre, les autorités ont pu découvrir qu’elle ne sortait plus ses poubelles depuis plusieurs mois, situation rendant l’accès malaisé et la prolifération des germes dangereuse.

Sa famille se refuse actuellement à tout commentaire.

Un drame qui relance le débat qui fait rage depuis plusieurs mois dans nos sociétés modernes : la blogguite aigue doit-elle être reconnue comme maladie par l’OMS ?

Anna Hisse.